Ici, on parle de l’actualité LGBTI+ militante !

Rencontres, communiqué de presse ou encore campagnes : vous trouverez toute l’information du terrain ;)

La Fédération LGBTI+ est fière d’annoncer l’organisation des 46es Rencontres d’été de la Fédération LGBTI+ par le Centre LGBTI+ de Lyon les 25, 26 et 27 août prochains.

La Fédération LGBTI+ et l’association organisatrice anticipent la participation de plus de 30 délégué·e·s. Elle fédère aujourd’hui près de 20 organismes adhérent·e·s. Ces organismes membres de la Fédération LGBTI+ seront sollicités pour se prononcer sur l’adhésion de deux nouvelles associations lors des prochaines semaines.

Après 20 ans d’existence, la Fédération LGBTI+ se réjouit de l’engouement manifesté pour ces rencontres d’été et de ces nouvelles demandes d’adhésion. Ce succès est en partie attribuable à la campagne « SOS Centres LGBTI+ » qui a abouti à la pérennisation du fonds exceptionnel pour les Centres LGBTI+. Ce fonds, qui atteint désormais 10 millions d’euros, a été prolongé dans le cadre du plan national LGBT+ 2023-2026.

Malgré cette victoire incontestable du mouvement LGBTI+, la question des moyens et de la reconnaissance des Centres LGBTI+ demeure au cœur de nos préoccupations fédérales. La Fédération LGBTI+ entend poursuivre son action au-delà de 2026 pour renforcer durablement les Centres LGBTI+.

Un ordre du jour riche

La publication de la nouvelle Charte des Centres LGBTI+ représente une étape cruciale pour affirmer l’identité singulière des Centres LGBTI+ au sein du paysage associatif LGBTI+ français. L’équipe fédérale prévoit la distribution de cette nouvelle charte, conçue pour être affichée dans tous les Centres LGBTI+ affiliés.

Les associations prévoient également échanger sur plusieurs questions brûlantes lors de ces 46es Rencontres, notamment :

  • Les questions internationales et européennes, notamment à l’approche des élections européennes ;
  • Le droit à l’asile et au séjour des personnes LGBTI+, alors qu’une nouvelle réforme du droit d’asile est aujourd’hui sur la table, avec des implications sur les publics exilés accompagnés par les Centres LGBTI+ ;
  • La réponse associative à la prolifération des discours transphobes de plus en plus violents.

Enfin, ces 46es Rencontres sont l’occasion de mutualiser la réflexion sur le recrutement des bénévoles et de progresser dans les chantiers en cours :

  • La mise en place d’une commission fédérale dédiée à la culture ;
  • La rénovation du plaidoyer fédéral ;
  • La continuation du travail de la commission fédérale éducation, qui travaille sur la sensibilisation en milieu scolaire.

Rencontre de Mme Bérangère Couillard

Récemment nommée ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, Mme Bérangère Couillard a accepté l’invitation de la Fédération LGBTI+ à rencontrer ses associations membres lors de ces rencontres. Sa venue à Lyon est un témoignage de reconnaissance du travail effectué par les Centres et la Fédération LGBTI+. Ce sera l’opportunité, pour elle, de découvrir diverses structures de terrain, ainsi qu’une facette du paysage militant LGBTI+ en région. Pour les membres de la Fédération LGBTI+, cette rencontre permettra de faire connaissance avec la nouvelle ministre en charge de la lutte contre les discriminations.

Le 4 juillet dernier, le Rassemblement National a déposé une proposition de loi (Proposition de loi n° 1498) visant à limiter la participation des sportifs de haut niveau aux compétitions, uniquement dans la catégorie de sexe indiquée sur leur acte de naissance. C’est une prise de position très claire en faveur de la discrimination des personnes transgenres et intersexes dans le sport de haut niveau. Face à cette proposition, la Fédération LGBTI+ appelle les élu·e·s à faire preuve de vigilance et de discernement au regard de cette nouvelle offensive idéologique.

Le contexte de transphobie

Cette proposition de loi intervient dans un contexte où l’égalité des droits a connu des avancées importantes. C’est notamment le cas depuis la déclassification de la transidentité de la liste des pathologies psychiatriques par l’OMS en janvier 2022. De plus en plus de gouvernements répondent aux revendications des minorités de genre, assouplissant leurs législations pour éliminer les discriminations. En France, la dernière avancée est due au Défenseur des droits, avec la décision-cadre 2020-136, qui énonce des recommandations claires en faveur de l’égalité des droits pour les personnes transgenres. Discrédités par ces progrès historiques, les groupes « anti-genre » mis en minorité se radicalisent et multiplient les attaques médiatiques et politiques, usant d’arguments transphobes fondés sur des idées complotistes, et donc au mépris des faits et sans aucune expertise solide à l’appui !

Ces idées, importées des États-Unis et largement répandues dans la presse, sont relayées en France par des personnalités telles que Dora Moutot ou Marguerite Stern. Elles alimentent de nombreux fantasmes, en particulier à l’égard des femmes transgenres, et accusent les associations LGBTI+ de vouloir détruire les fondements de la civilisation.

En réalité, les personnes transgenres ne menacent personne, mais font l’objet de discriminations et des violence inacceptables. Les associations LGBTI+ ont pour objectif d’aider ces personnes dans leurs démarches administratives et de santé, afin de garantir leurs droits. Elles se battent pour faire disparaître les dispositions discriminatoires de la législation.

Ces groupes et personnalités transphobes sont soutenus par l’extrême droite et les factions les plus intégristes de plusieurs religions et trouvent, malheureusement, un écho dans l’ensemble du spectre politique, des Républicains à la Fédération Anarchiste. Ils tentent d’actionner trois leviers pour entraver l’avancée vers l’égalité : la peur des hommes transgenres enceints, la peur de la manipulation des enfants transgenres et la négation des personnes intersexes. Ils mobilisent la peur et l’ignorance au plus grand mépris des réalités concrètes.

Bien que nombre d’élu·e·s à l’Assemblée Nationale et au Sénat se tiennent à l’écart de ces thèses absurdes et dangereuses, le Rassemblement National se fait leur porte-voix au sein de l’institution parlementaire. C’est dans ce contexte que M. Julien Odoul, député du Rassemblement National, a proposé cette loi visant à discriminer les personnes transgenres dans le sport. Qu’il s’en défende sans argument ne change rien à l’affaire.

Genre et sport :
Il n’y a pas de solution toute faite !

La question des personnes transgenres concourant dans la catégorie de leur genre est complexe : on ne peut y répondre de façon simpliste ou caricaturale. Les catégories « homme » et « femme » ont été établies par souci légitime d’équité. Il s’agit en effet de compenser des capacités physiques différentes qui peuvent exister, en moyenne, entre ces deux groupes. Ces catégories font l’objet de questionnements, au même titre que celles du poids ou de l’âge.

Il est capital aussi de rappeler que la classification universelle des personnes en deux sexes est discutée et s’appuie sur des critères qui font généralement abstraction de la diversité des corps et en particulier de l’existence des personnes intersexes. Preuve en est avec les attitudes abjectes de certaines fédérations sportives et de certains médias face à des athlètes intersexes.

Il n’existe donc pas de solution unique et universelle : la situation de chaque personne, la discipline sportive et les capacités physiques requises sont autant de facteurs différents pris en compte par des instances sportives plus ou moins inclusives.

La Fédération LGBTI+, comme toutes les associations LGBTI+, plaide pour l’égalité des droits, l’autodétermination et la libre disposition de son corps. Elle soutient notamment le changement d’état civil libre et gratuit, sur simple déclaration en mairie. Au sein des instances sportives, la charte « Sport & Trans » constitue une référence utile pour tout club sportif qui souhaite contribuer, de façon pragmatique, à l’inclusion des personnes transgenres.

Ne nous fourvoyons pas, la proposition de loi transphobe du Rassemblement National n’est qu’une opportunité de servir leur politique anti-LGBTI, leur haine des personnes transgenres et intersexes et leur constante recherche du bouc-émissaire. Pourtant ce n’est que dans le respect de tou·te·s que les valeurs sportives de partage, de courage et de solidarité pourront briller.

Le plan interministériel de lutte contre les LGBTIphobies, dévoilé aujourd’hui par le gouvernement, intègre de manière encourageante certaines recommandations de la Fédération LGBTI+. Nous saluons en particulier le soutien financier apporté au fonctionnement des Centres LGBTI+, une mesure essentielle pour le soutien des territoires et la lutte quotidienne contre l’homophobie et les discriminations anti-LGBTI+.

Ce n’était pas gagné. Notre Fédération a fait le pari d’adopter une approche certes critique, mais constructive. Nous tenons à remercier la DILCRAH et le Ministère délégué à l’égalité pour leur écoute active et leur soutien constant depuis des mois. La reconnaissance de ces revendications, qui bénéficient du soutien unanime de la plupart des associations LGBTI+ nationales, montre que le dialogue et la collaboration peuvent produire des résultats tangibles. La mobilisation des Centres LGBT+ dans les territoires, au cours de la campagne “SOS Centres LGBTI+” a fini par payer !

Nous sommes soulagé·e·s de savoir que les Centres LGBTI+ peuvent continuer à se concentrer sur leurs missions essentielles, sans craindre des licenciements et des fermetures de programmes dans les deux ou trois prochaines années. Nous avons évalué les besoins des Centres LGBTI+ à 3,15 millions d’euros, au minimum. La pérennisation du fonds exceptionnel à hauteur de 10 millions d’euros sur la durée du plan (2023-2026) est donc une victoire incontestable de la Fédération LGBTI+ et de l’ensemble des Centres et associations LGBTI+. C’est un début très prometteur et stimulant, première étape indispensable avant la pleine reconnaissance des Centres LGBTI+.

Nous notons par ailleurs des mesures significatives portées par les associations :

  • Les mesures en faveur des séniors LGBT+ sont reprises in extenso dans le texte final, et prennent en compte plus particulièrement le vieillissement et le VIH.
  • L’axe “formation” est remarquable et intègre la formation en CFA
  • La réunion plus systématique des CORAH dans les territoires, demandées de longue date, et déjà actée par une circulaire du ministère de l’Intérieur qui répond ainsi à des attentes formulées depuis longtemps.

Toutefois, la Fédération LGBTI+ reste prudente :

  • D’une part, des publics plus vulnérables des Centres LGBT+ sont absents ou insuffisamment défendus des mesures.
    • Les personnes transgenres pour lesquelles le gouvernement ne s’engage pas sur une mesure phare préconisée pourtant par le Défenseur des droits dans sa décision-cadre 2020-136 : le changement d’état civil libre et gratuit, sur simple déclaration en mairie, dans un contexte national de haine et de discours transphobes notoires ;
    • Les exilé·e·s LGBTI+ ne sont même pas mentionné·e·s, alors que les besoins d’accompagnement par les associations et les Centres LGBTI+ vont exploser dans les années à venir, en raison de la montée des intégrismes religieux, en particulier en Afrique.
    • Les personnes intersexes pour lesquelles l’annonce d’une circulaire d’application de la loi bioéthique pour rappeler l’objectif du législateur de mettre fin aux mutilations des personnes intersexes, n’en fera pas un texte de loi
    • Les personnes travailleuses du sexe qui restent toujours soumises à une loi anti prostitution qu’elles dénoncent comme étant celle qui les les précarise au quotidien
    • Les personnes chemsexeuses pour lesquelles cette question est toujours traitée sous l’angle de la répression et jamais sous l’angle de la santé, pour une prévention nécessaire et encore plus efficace.
  • D’autre part, nous serons particulièrement attentifs à la répartition des fonds, selon des principes d’adéquation aux besoins et de transparence dans l’attribution des ressources.
  • Enfin, nous souhaitons contribuer à l’évaluation de ce plan qui, contrairement au plan précédent, doit faire l’objet d’une évaluation approfondie à mi-parcours. La Fédération se tient prête pour formuler des propositions en ce sens.

Ce soutien n’est qu’une première étape. Nous souhaitons renforcer la solidarité entre tous les Centres LGBTI+ et approfondir nos revendications pour aller plus loin : en portant et en défendant la proposition d’un véritable statut pour les Centres LGBTI+, à l’image de ce qu’a fait la Wallonie avec ses Maisons Arc-en-Ciel. La Fédération LGBTI+ lance un appel à tous les Centres LGBTI+ sans exception pour renforcer ses rangs et poursuivre le travail de renforcement du maillage associatif LGBTI+ en France et en Europe.

Selon une étude publiée en juin 2023, 9 % de la population française s’identifie comme LGBT+. Une large majorité de la population se considère comme alliée, soutenant nos revendications principales : l’égalité dans le mariage, l’adoption, la parentalité et l’auto-détermination des personnes transgenres, y compris pour les mineurs.

Une mise en lumière utile et peu surprenante

Cette publication réfute deux perceptions opposées mais tout aussi erronées. D’une part, la vision pessimiste et erronée d’une communauté LGBT+ qui serait largement contestée et qui recevrait peu de soutien dans la société. D’autre part, la vision d’extrême droite, complotiste et réactionnaire qui dépeint le mouvement LGBT+ comme un « lobby » agissant dans l’ombre pour ses intérêts spécifiques. Les deux sont incorrectes : les revendications LGBTI+ bénéficient d’un soutien majoritaire et le travail des associations, effectué en toute transparence, correspond aux aspirations de la majorité de la population.

Ce résultat n’est guère surprenant et devrait nous réjouir. Cependant, même si les LGBTIphobies sont minoritaires, elles sont encore loin d’être marginales. Bien que l’opinion soit majoritairement du côté de l’égalité des droits, les pouvoirs publics ont beaucoup de retard sur la société.

Il nous reste encore beaucoup à faire !

Cependant, il reste beaucoup à accomplir : de nombreux préjugés persistent et diverses formes de haine anti-LGBT+ sont encore exprimées. C’est ce que révèle notamment le documentaire de Mediapart, Guet-Apens : les crimes invisibles (lien). C’est également ce que démontrent les nombreuses attaques contre les Centres LGBTI+, des structures essentielles qui œuvrent pour le bien-être et la visibilité des personnes LGBTI+ sur les territoires, et contre les Marches des Fiertés LGBTI+.

En conclusion, nous appelons les élu·e·s à prendre en compte cette enquête et à répondre aux attentes de la majorité de la population : renforcer la protection juridique des individus et des associations LGBT+, instaurer le changement d’état civil libre et gratuit pour les personnes transgenres, amplifier le travail d’éducation sexuelle dans les écoles, les collèges et les lycées et, enfin, pérenniser les moyens des Centres LGBTI+ en leur accordant un véritable statut. Il est temps pour les autorités de tourner la page de La Manif Pour Tous et de progresser pour s’aligner avec les attentes réelles et non pas fantasmées de la société civile.

Télécharger l’étude

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6 juin 2023

Depuis des années, la Fédération LGBTI+ tire la sonnette d’alarme auprès des pouvoirs publics concernant le sous-financement persistant des Centres LGBTI+. L’obtention d’une subvention exceptionnelle à la suite de l’affaire Cayeux a marqué un premier pas positif. [NDLR : l’ancienne ministre déléguée aux Collectivités locales avait manifesté son mépris à l’égard des personnes LGBTI+]. Néanmoins, la Fédération rappelle que la réussite du plan gouvernemental de lutte contre les LGBTIphobies dépend de la pérennisation de ce financement. Le plan devrait être présenté au début de l’été. Sans cela, outre la rupture de confiance, c’est toute la politique de lutte contre l’homophobie et la transphobie qui sera compromise et pour longtemps.

Des Centres LGBTI+ : une reconnaissance et des besoins croissants, mais des moyens constants

Reconnus pour leurs compétences, les 35 Centres LGBTI+ en France métropolitaine et dans les DOM-TOM interviennent en milieu scolaire, accompagnent les réfugiés LGBTI+, jouent un rôle majeur dans la santé communautaire et constituent souvent les seules structures capables de soutenir les victimes dans les départements (comme en atteste la dernière victoire de Quazar Angers contre un agresseur transphobe). Très peu soutenus par l’État, ces centres dépendent essentiellement de l’engagement des bénévoles, avec des difficultés en termes de disponibilités et de capacité à agir efficacement. Compte tenu du volume de leurs activités, des sollicitations croissantes des secteurs public et privé, et de l’expertise requise, leur professionnalisation est devenue une nécessité.

La Fédération LGBTI+ estime que l’efficacité du plan de lutte contre les LGBTIphobies est indissociable du financement durable du fonctionnement des Centres LGBTI+ (qu’ils soient ou non membres de la Fédération). À terme, elle revendique un véritable statut pour ces structures d’intérêt général, renforçant ainsi la capacité de la France à combattre activement les LGBTIphobies. C’est également la condition pour enfin reconnaître, auprès des pouvoirs publics, que la lutte contre les haines anti-LGBT+ se joue bien sur l’ensemble du territoire national.

Il convient de souligner que plusieurs pays européens ont fait le choix politique d’investir durablement dans leurs structures d’accueil LGBTI+, notamment la Wallonie avec ses Maisons Arc-en-Ciel, . Actuellement, la Fédération évalue les besoins des Centres à 3,150 millions d’euros. C’est peu ! A titre de comparaison, l’État a financé la Fédération Nationale des Chasseurs à hauteur de 11,46 millions d’euros en 2021, soit presque 4 fois plus ! Si nous n’avons rien contre la chasse – les personnes LGBT+ peuvent la pratiquer – cela montre que quand l’État veut trouver des financements, il sait le faire.

SOS Centres LGBTI+ en danger

Les Centres LGBTI+ en campagne !

En réponse à cette situation, la Fédération LGBTI+ a lancé la campagne « SOS Centres LGBTI en danger« . Elle a interpellé tous les groupes parlementaires et le groupe d’étude LGBT de l’Assemblée Nationale, a adressé des courriers ainsi qu’une note synthétique à plusieurs acteurs (lire la note) et diffusé un tract national. À ce jour, La Fédération LGBTI+ et la plupart des Centres LGBTI+ attendent toujours des réponses claires. Plusieurs députés de la majorité présidentielle et de la NUPES ont cependant manifesté leur soutien aux Centres.

Mais malgré nos alertes, nos préconisations sont suspendues aux arbitrages ministériels. D’un côté, certaines voix nous ont indiqué que la lutte contre les haines anti-LGBTI+ figure parmi les “Politiques Prioritaires du Gouvernement”. De l’autre, il y a Bercy : financer le fonctionnement des Centres LGBTI+ est un engagement financier. Entre ces deux options, nous attendons une décision politique. Soit le Gouvernement d’Elisabeth Borne et Emmanuel Macron soutiennent réellement le tissu associatif LGBTI, soit ils se contentent d’une coordination des services à moyens constants. Et l’on sait – pour l’avoir expérimenté depuis 2016 – qu’elle ne donne pas des résultats satisfaisants.

Sans financement du fonctionnement des centres LGBTI+, l’annonce du futur plan 2024-2027 serait un exercice de communication oubliant la réalité des territoires et abandonnant les bénévoles dans la lutte au quotidien contre les LGBTIphobies. Alors que les Centres LGBTI+ font l’objet d’attaques de plus en plus violentes (lire le communiqué), le plan annoncé à la fin du mois fait figure de test politique pour le Gouvernement : nous mesurerons son engagement concret à l’aune du soutien qu’il apportera ou non aux structures de terrain.

Liens

Face à l’escalade des dégradations et des violences, la Fédération LGBTI+ sollicite auprès des pouvoirs publics une protection renforcée pour les Centres LGBTI+ et les Marches des Fiertés LGBTI+ à travers le territoire national. Les réseaux d’extrême droite semblent constituer une menace croissante pour ces espaces d’affirmation et de solidarité.

Depuis plusieurs mois, la Fédération LGBTI+ constate une recrudescence d’incidents visant les Centres LGBTI+. Les attaques vont de la dégradation à l’incendie criminel :

  • Le 21 février 2023, le Centre LGBTI+ de la Réunion a subi une visite intrusive suivie d’un incendie criminel. Des insultes homophobes maculaient les lieux, conduisant à la condamnation à un an de prison d’un jeune majeur.
  • Le Centre LGBTI+ de Nantes, géré par l’association NOSIG, a été la cible de dégradations homophobes le 18 mai 2023, au lendemain de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie. Les graffitis anti-LGBTI+ ont nécessité un nettoyage dans la semaine suivante. En 2022, ce centre a subi cinq dégradations.
  • Le Centre LGBTI+ de Lorraine-Sud à Nancy, dirigé par l’association Équinoxe, a été victime d’une tentative de déboulonnage de sa plaque et d’ajout d’autocollants par un groupe maurrassien.
  • Le Centre LGBTI+ 66 de Perpignan a connu une série de vandalisme : boîte aux lettres régulièrement vandalisée, vitrophanie arrachée, et même un graffiti insultant sur une des façades.
  • Le Centre LGBTI+ de Touraine a subi une attaque à l’aide d’un engin explosif le 22 mai, marquant la sixième attaque en deux mois et demi.

En outre, nous avons appris récemment que la Ville de Lyon a dû retirer une exposition LGBTI+ suite à deux dégradations. La Marche des Fiertés LGBTI+ de Saint-Brieuc a également été marquée par la présence de tags homophobes.

Ces attaques surviennent dans un contexte de propagande anti-LGBTI+ contestant les interventions de prévention contre les discriminations conduites par les associations LGBTI+ dans les collèges et les lycées.

Le point culminant de cette escalade de la haine s’est manifesté lors de l’attaque du Centre LGBTI+ de Touraine le 22 mai avec un engin explosif, alors que des bénévoles étaient présents. Dans une lettre adressée au Ministre de l’Intérieur, la Fédération LGBTI+ sonne l’alarme : il y a une intention de nuire, voire désormais de tuer. La Fédération évoque des méthodes rappelant celles des attentats terroristes.

Depuis le conflit politique autour de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe (2012-2014), le niveau de violences anti-LGBTI+ n’a cessé de croître pour atteindre un niveau inégalé. Sans une protection renforcée, la Fédération LGBTI+ et les associations françaises craignent désormais pour la sécurité des militant·es LGBTI+.

Il apparaît clairement que bon nombre de ces dégradations ont des liens directs avec des groupuscules nationalistes et autoritaires.

La Fédération LGBTI+ demande des mesures de protection renforcées pour les Centres LGBTI+ et les Marches des Fiertés LGBTI+. Elle rappelle que ces espaces sont essentiels pour le bien-être, la sécurité et l’autonomie des personnes LGBTI+ à travers le pays. Pour faire face à ces risques, la Fédération devra travailler aux bonnes pratiques de sécurité et invite toutes les associations LGBTI+ à communiquer toute situation – même mineure – aux services de police.

En conclusion, la Fédération LGBTI+ sollicite l’attention et l’action des pouvoirs publics, pour que les enquêtes de police et les décisions de justice permettent de démanteler les réseaux homophobes et d’extrême droite. Seul un engagement ferme de l’Etat peut assurer la protection et la sécurité de la communauté LGBTI+ et de ses lieux d’expression. La haine et l’intolérance n’ont pas leur place dans notre société, et nous ne cessons de le réaffirmer. Notre lutte continue.

Pour l’égalité partout, des Centres LGBTI+ partout !

En 2013, la France mettait fin à la discrimination des couples homosexuels face au mariage civil. Depuis lors, l’offensive des ennemi·e·s de l’égalité n’a jamais cessé : elle s’est aujourd’hui radicalisée dans une atmosphère anxiogène de montée des partis et des idées d’extrême droite.

Pour y faire face, depuis 2016, les gouvernements successifs ont annoncé des plans à grands renforts de communication mais avec bien peu de moyens. Le résultat est clair : les haines antiLGBTI tuent encore et toujours, par les violences, les discriminations ou le suicide, notamment chez les jeunes.

Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation

Visuel pour la Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportationFédération LGBTI+ – sous CC BY-SA

Le dernier dimanche du mois d’avril a lieu une journée nationale d’hommage aux personnes dont le destin a croisé l’infamie humaine des camps de concentration et d’extermination. Les associations et Centres LGBTI+ seront au rendez-vous pour honorer les victimes et héros de la déportation et porter le souvenir des victimes de persécutions à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre pendant la Seconde Guerre mondiale.

C’est seulement en 2005 que dans son discours à l’occasion de la journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation, le Président de la République, Jacques Chirac, reconnait officiellement qu’il y a bien eu des personnes déportées à raison de leur orientation sexuelle ou leur identité de genre depuis le territoire français. Les associations LGBTI+ et les historien·ne·s travaillant sur la mémoire avaient apporté des preuves de ces faits depuis de nombreuses années. Désormais, que des Français·e·s aient porté le triangle rose (homosexuels) ou le triangle noir (asociaux, dont les femmes lesbiennes) n’est plus remis en question. Le rôle actif de la police française et des services de l’État Français est quant à lui trop souvent oublié.

Il est pourtant fondamental d’entretenir ce devoir de mémoire et de porter un regard éclairé sur les erreurs atroces de notre passé sous peine d’avancer aveugles vers de nouvelles horreurs. Nous nous joignons à l’exigence nationale d’honorer la mémoire de tous les déportés, “sans distinction”, comme l’exprime la loi du 14 avril 1954. Une délibération ancienne de la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité) le rappelle : les préfectures doivent associer les associations LGBTI+ à l’organisation des cérémonies (Délibération 2009-2022 du 8 juin 2009). Cette décision n’est hélas pas toujours mise en œuvre par les services de l’État.

La perméabilité de plus en plus forte des idées d’extrême-droite dans la société, aidée d’une complaisance dans les médias et les milieux politiques, nourrit une grande inquiétude dans nos associations LGBTI+. L’extrême-droite porte une opposition viscérale aux droits des minorités sexuelles et de genre. L’historique des votes d’élu·e·s et les prises de position publique répétées de membres des partis d’extrême-droite ne ment pas. Nous ne sommes pas dupes de leurs opérations de séduction. Celles-ci rendent leur populisme encore plus détestable. 

Depuis plusieurs années, nous assistons aussi à une stigmatisation grandissante des minorités en Europe : rejet des populations exilées, violences sur les minorités sexuelles, remise en question des avancées féministes… Ce sont parfois les gouvernements de pays membres de l’Union Européenne qui orchestrent les persécutions, comme en Hongrie ou en Pologne. La France n’est pas exempte de la montée de ces courants haineux.

La Fédération LGBTI+ note aussi la pente autoritaire adoptée par plusieurs gouvernements en Europe et en particulier en France. Le durcissement des pouvoirs face à sa population, la répression des mouvements sociaux au mépris de la loi, la militarisation des forces de l’ordre sont des indicateurs sans équivoque d’un glissement pré-fascisant. Il ne s’agit pas là d’une analyse orientée que nous ferions mais bien de l’analyse partagée par plusieurs expert·e·s internationaux (ONU, Conseil de l’Europe, Amnesty International…).

Les militant·e·s qui chaque jour défendent les droits humains des personnes LGBTI+ aujourd’hui s’inscrivent dans une histoire commune de survie face à la barbarie et le mépris. C’est toujours le même élan qui les animent : la solidarité et le respect des libertés ont toujours été plus fortes que la haine et la violence

Cette histoire nous oblige dans notre devoir de mémoire. Elle nous oblige dans la défense de toutes les minorités exposées à la haine.

La Fédération LGBTI+ ne peut donc qu’encourager la participation de tou·te·s et tous aux cérémonies dimanche. Portons la mémoire de celles et ceux qui ont croisé l’horreur humaine sur leur chemin car nous savons que le ventre est encore fécond et qu’il a commencé à germer à nouveau.

Le conseil d’administration de la Fédération LGBTI+ a rendu publique la déclaration suivante le 13 avril 2023 :

“La Ligue des Droits de l’Homme n’est pas seulement l’organisation historique de défense des droits humains, depuis sa fondation à l’occasion de l’Affaire Dreyfus. C’est l’une des principales organisations qui, aujourd’hui, apporte un soutien concret aux victimes d’injustices commises par la violence ou la discrimination.

Depuis 125 ans, toute personne victime de telles injustices sait pouvoir compter sur la Ligue des Droits de l’Homme. Les Centres LGBTI+ le savent également, puisqu’ils s’appuient sur l’expertise plus que centenaire de la Ligue pour défendre les droits et les libertés fondamentales des personnes LGBTI+, de nationalité française ou non.

Nous avons été stupéfaits par les propos de Gérald Darmanin le 5 avril dernier, puis par ceux d’Elisabeth Borne le 12 avril. En remettant en cause publiquement le soutien financier public à la Ligue, le Gouvernement adresse un signal inquiétant à l’ensemble des associations et des associations LGBTI+ et – d’une façon générale – aux personnes soucieuses de la préservation des libertés et des droits fondamentaux.

En procédant par une forme de chantage aux subventions, le Gouvernement français remet en cause les libertés associatives.

La Fédération LGBTI+ exprime son soutien à la Ligue des Droits de l’Homme. Nous appelons le Gouvernement et en particulier le Ministère de l’Intérieur à engager un nouveau dialogue de façon apaisée, démocratique, avec la Ligue des Droits de l’Homme.”

Rouge Direct, la Fédération LGBTI+ et le Collectif Éducation contre les LGBTIphobies en milieu scolaire et universitaire ont produit la déclaration suivante, en date du 7 avril 2023

« Pour le parquet d’Epinal, le suicide de Lucas, victime de harcèlement homophobe, n’est pas lié au harcèlement homophobe dont il a été victime de la part de quatre élèves, jugés ce lundi devant le Tribunal pour enfants.

Le lien de causalité entre le suicide d’un adolescent ouvertement gay et le harcèlement homophobe dont il était victime peut-il être à ce point ignoré par la justice ? Il est pourtant établi que les jeunes LGBTI sont exposé·e·s à des risques de suicide de deux à sept fois plus élevés que les jeunes hétérosexuel·le·s.

Le suicide de Lucas a profondément marqué les consciences car il a mis en évidence le défaut extrêmement préoccupant de protection des élèves LGBTI en milieu scolaire. Nous avons écrit le 14 février dernier une lettre ouverte au Ministre de l’Education nationale, Pap Ndiaye, pour être collectivement entendu·e·s, pour élaborer dans la concertation un vrai plan d’action contre les LGBTIphobies, à la hauteur des enjeux.

Pour qu’il y ait un avant et un après Lucas.Notre demande, qui n’a toujours pas reçu la moindre réponse à ce jour, est plus que jamais d’actualité. »