Pour faire avancer la cause avant 2012, le maire de Cabestany (Pyrénées-Orientales) va célébrer l’union de Patrick et Guillaume. Il dit avoir une stratégie mystère pour faire reconnaître ce mariage encore illégal…
 
 Aucun mariage homosexuel n’ayant été officiellement reconnu en France à la différence d’autres pays, s’agira-t-il d’une union symbolique ou bien un acte d’état civil sera-t-il établi, au risque de l’invalidation ultérieure? La question est loin d’être réglée, alors que le maire communiste de Cabestany (Pyrénées-Orientales) célébrera samedi l’union de deux hommes.

 
 
Une méthode mystère
«Ce mariage sera à l’abri de toute annulation, vous verrez samedi», répond Jean Vila, maire de ce bourg jouxtant Perpignan. Son intention est claire: imposer la question de la légalisation du mariage homosexuel en France dans la campagne politique de 2012. Mais l’ancien député garde le mystère sur ce qui rendrait ce mariage inattaquable, contrairement à celui célébré en 2004 à Bègles par Noël Mamère, annulé par la justice(lire article).
 
«On se marie parce qu’on s’aime, mais c’est aussi un acte militant», annoncent les futurs conjoints (lire interview du couple). Guillaume est un artiste peintre de 37 ans. Patrick, 48 ans, dirige un laboratoire photographique et est le père d’une fille de 22 ans née d’un premier mariage. Ils ont décidé de médiatiser leur démarche pour que «très bientôt en France, deux personnes de même sexe puissent se marier légalement. On est des citoyens comme les autres.» Tous deux originaires de Nîmes, où ils se sont rencontrés il y a huit ans, ils vivent entre Paris, où ils travaillent, et Cabestany, où ils passent leurs vacances.
 
«Il y a des moments, il faut être hors-la-loi»
Pour le maire, «il y a des moments, il faut être hors-la-loi». «Je lance un appel à tous les maires pour qu’ils célèbrent des mariages gays, c’est un combat de société qu’il faut mener pour faire avancer le schmilblick. On dit que la France est un pays moderne, à l’avant-garde, mais on va être le dernier pays d’Europe à légaliser», après les Pays-Bas, la Belgique, la Suède, l’Espagne ou le Portugal.
 
«C’est courageux. C’est un geste fort que nous envoie le maire de cette commune», salue Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT. Cette démarche révèle «l’archaïsme du droit français et la nécessité de légiférer».
 
Interpeller les politiques
L’avocate Caroline Mécary, qui a saisi en 2007 la Cour européenne des droits de l’Homme sur le mariage de Bègles, doute que le maire inscrive le mariage au registre civil officiel. «S’il le fait, c’est très bien. Sinon, ce sera une bonne manière d’interpeller la classe politique», comme ce fut le cas avec un mariage symbolique célébré à Montpellier en février. S’il y a une alternance politique en 2012, dit-elle, Europe Ecologie et le PS sont d’ores et déjà d’accord pour déposer une proposition de loi pour ouvrir le mariage civil à tous, hétéros et homos.»
 
En janvier 2011, le Conseil constitutionnel, saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) à l’initiative d’un couple de femmes pacsées, avait rappelé que «selon la loi française, le mariage est l’union d’un homme et d’une femme» et avait laissé au législateur le soin de modifier ou non la loi pour autoriser le mariage homosexuel. Les partisans de cette union ont depuis lors reporté leurs espoirs sur la campagne de 2012.