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La Fédération LGBTI+ a diffusé le 20 septembre un communiqué appelant à la vigilance contre les campagnes menées par l’extrême droite et les intégristes au sein des communautés éducatives, en particulier contre l’éducation sexuelle et la prévention des haines anti-LGBTI+. Sous l’œil attentif de la société civile, un colloque organisé par l’association « Parents Vigilants » au Sénat, le 4 novembre dernier, met en évidence les liens entre le parti politique « Reconquête » et des associations – prétendument apartisanes – qui s’opposent à l’égalité des droits, dans un contexte croissant de menaces pesant sur la sécurité des personnes.

L’affaire des tracts de Villeneuve d’Ascq

Il y a quelques jours, les associations LGBTI+ constataient avec stupeur la diffusion d’un tract transphobe dans les boîtes aux lettres des familles de Villeneuve d’Ascq. En réponse à Lille actu qui l’interrogeait sur ses activités, l’association SOS Éducation – prise la main dans sac – s’est hypocritement défendue de toute transphobie.

Si le site d’actualité régionale n’a pas su déjouer, il était pourtant facile de le mettre en évidence. En effet, sur son site internet, l’association nie l’existence de la transidentité comme fait non-pathologique (1ere position transphobe !), s’oppose farouchement à l’autodétermination des personnes transgenres (2ème position transphobe !) et se dresse ouvertement contre les ONG LGBTI+ qui luttent pour l’égalité des droits et le droit à l’autodétermination des personnes transgenres mineures comme majeures (3ème position transphobe !)

Par ailleurs, si cette association se défend de toute affiliation politique, il n’est guère plus difficile de confondre ce grotesque apolitisme de façade. Les liens de leur porte-parole Sophie Audugé avec l’extrême droite sont aujourd’hui démontrés. Ainsi, son nom figure noir sur blanc sur le programme du colloque organisé par « Parents Vigilants » au Sénat le 4 novembre dernier, pour traiter d’un prétendu « grand endoctrinement à l’école et à l’Université ».

Filiale de « Reconquête » dans les écoles et les établissements, « Parents Vigilants » était alors l’invitée de Stéphane Ravier. Le sénateur « Reconquête » des Bouches-du-Rhône lui a prêté les clés du Palais du Luxembourg le temps d’un après-midi. Pour apolitique qu’elle se présente, SOS Éducation a pourtant répondu à cette sulfureuse invitation, et à applaudir la conclusion de ce colloque par Marion Maréchal-Le Pen et par Eric Zemmour, partisan du Maréchal Pétain multi-condamné pour injures racistes et homophobes.

Le masque de la neutralité politique est donc tombé, laissant entrevoir les liens étroits – déjà bien identifiés – entre SOS Éducation, “Parents Vigilants” et le parti d’extrême droite Reconquête.

Une mobilisation citoyenne contre les violences !

Les élu·e·s ont enfin pris conscience de ce grave problème. Victor Burette, adjoint au maire de Villeneuve-d’Ascq à la démocratie participative a ainsi dénoncé l’opération de SOS Éducation auprès de ses administré·e·s et a procédé à un signalement au Procureur de la République (bien !).

Dans la foulée de la mise au jour du colloque organisé au Sénat, Benjamin Lucas (député NUPES des Yvelines) a demandé une commission d’enquête parlementaire à propos de « Parents Vigilants », qu’il a qualifiée de “milice zemmourienne des écoles” : une parole utile qui rappelle que cette organisation est désormais bien connue pour semer la terreur dans les écoles et les établissements.

Nous avons de bonnes raisons d’être, tout·e·s, très inquiète·s… D’autant que nous attendons toujours une parole rassurante de fermeté de la part des autorités, et des actes de protection à la hauteur de notre inquiétude. Ainsi, une semaine après l’abominable assassinat terroriste de Dominique Bernard, le syndicat majoritaire de l’enseignement public – SNES-FSU – s’est indigné par communiqué de la campagne de cyberharcèlement orchestrée par les mêmes “Parents Vigilants” contre Sophie Djingo, professeure de philosophie à Valenciennes… Sophie Vénétitay, secrétaire générale du syndicat, pointait, sur X, « une banalisation de leur parole, de leurs actes et même une forme d’institutionnalisation. Dans un silence officiel inquiétant. »

Si les enseignants revendiquent de pouvoir exercer leur métier en toute sécurité, nos associations refusent catégoriquement d’exposer leurs intervenant·es bénévoles à la menace constante de ces structures qui sèment la terreur dans les communautés éducatives. Combien de temps encore allons-nous devoir supporter ce climat pesant de menace et de violence à l’encontre des personnes LGBTI+ et de leurs allié·es ?

La Fédération LGBTI+ apporte son soutien plein et entier à Sophie Djingo, à tous les personnels de l’Éducation nationale menacés, à toutes les familles ciblées par les campagnes de désinformation et à tous les jeunes LGBTI+. Elle rappelle son attachement majoritaire à défendre le droit à l’autodétermination des personnes transgenres, majeures comme mineures, n’en déplaise à l’extrême droite et à ses affidé·es – qu’il s’agisse de leurs bras armés ou de leurs think-tanks.

Nous appelons les autorités ministérielles à ne témoigner d’aucune faiblesse face à ces groupuscules radicaux, minoritaires et violents, et à poursuivre leur politique d’ouverture et de lutte pour l’égalité, la non-violence et l’amélioration du climat scolaire.